

Quand la promenade en ville se transforme en enquête sociale, historique et policière, avec des adolescents pour témoins.
À la recherche des indices concrets de l'existence de la "patrice" - la patriarcale matrice dans laquelle nous baignons toustes.
Visite guidée - 1 heure - public adulte et ado


Passionnée par l'Histoire et les questions d'égalité homme-femme, j'ai voulu ancrer mon propos dans un territoire précis.
J'ai passé mon environnement proche au tamis, parcouru les rues de Lons-le-Saunier avec un œil neuf, pour leur faire avouer quelques vérités dérangeantes et les mettre en scène, les donner à voir et à entendre, sans le filtre de l'habitude qui rend invisibles les choses structurantes, qui rend inaudibles les sous-textes normatifs.
Pendant une heure, les spectateurs sont invités à regarder sous un angle nouveau l'espace public qu'ils croient bien connaître, à prendre conscience du millefeuille historique qui structure leur quotidien, à s'intéresser à la symbolique de la statuaire, à la puissance des dogmes judéo-chrétiens, à observer les luttes de pouvoir et de territoire que racontent les tags et les graff, à écouter les chants des affichages sauvages de toutes sortes.
Il y a ici dans notre ville des traces des pratiques rupestres des grottes de #lascaux, du Mouvement #Metoo, de la mise en scène de la virginité de #Marie, de #virginiedespentes, du guillotinage d'#olympedegouges, de la naissance du mot #féminicide... Il y a des traces, je les laisserai me traverser, prendre corps et trouver leurs voix, pour qu'elles puissent porter leurs fruits, au présent et au futur.




la visite de la patrice
Parole de prof
J’ai assisté à titre personnel à deux interventions de Mélanie Rebouillat dans le cadre des journées du matrimoine initiées il y a deux ou trois ans par la Municipalité de Lons-le-Saunier.
Outre le plaisir et l’intérêt personnels que j’ y ai trouvé, l’enseignant de Sciences Economiques et Sociales que je suis y a vu de très clairs intérêts pédagogiques pour les élèves.
1- La démarche : dans la Patrice Mélanie Rebouillat revisite et interroge des lieux parfaitement connus des élèves sans que ceux-ci ne leur aient jamais prêté attention. Le fait de montrer que l’espace public - dans lequel nous vivons comme s’il était neutre et évident - est en réalité truffé d’éléments (statues, graffitis, peintures…) porteurs de stéréotypes de genre ou les interrogeant est en soit un apport pédagogique majeur car il permet de montrer que nous pouvons tout interroger. Il montre aussi ce faisant que notre environnement urbain est un espace qui cristallise et incarne des représentations… et que ce faisant il contribue à les transmettre et à les reproduire. Pour faire un lien explicite et clair avec le programme de SES, Mélanie Rebouillat montre clairement que l’espace dans lequel nous vivons est un facteur et acteur de socialisation qui mérite d’être pensé et interrogé.
2- L’intégration d’une approche historique : si le propos de Mélanie Rebouillat comporte une dimension féministe militante, celui-ci s’appuie non seulement sur une lecture de l’environnement urbain mais aussi sur une solide approche historique qui vient alimenter et nourrir le propos d’éléments purement factuels. Le propos – riche, documenté et rigoureux – permet alors une approche socio-historique des stéréotypes de genre. Cette démarche – propre à Mélanie Rebouillat qui la développe dans la « visite de la Patrice » et qui la pratiquait déjà l’année précédente dans une intervention intitulée « Matrimoniaque » - constitue une véritable valeur ajoutée pédagogique et confère une légitimité historique à un discours auquel les élèves ne sont pas habitués.
3- L’incarnation du propos, du savoir et de l’être : les considérations précédentes pourraient laisser à penser qu’un enseignant serait capable de faire ce travail pédagogique. Ce serait sans tenir compte du travail d’interprétation et d’incarnation du propos par l’actrice. Une incarnation qui a à mes yeux deux intérêts majeurs :
a. Elle apporte une légitimité fondamentale au savoir (scolaire ou non) en montrant qu’il est utile pour penser, se construire et choisir qui ou ce qu’on souhaite devenir. Car Mélanie Rebouillat se positionne en féministe, en actrice, en passionnée d’histoire… et incarne le fait qu’elle se nourrit et se construit littéralement des savoirs qu’elle recherche et s’approprie.
b. Elle propose un modèle de féminité impliquant à la fois une acceptation consciente de certaines normes de genre dans lesquelles elle se retrouve mais aussi le refus de se conformer à d’autres pour des raisons qui lui appartiennent. Quoi qu’il arrive, elle incarne de ce fait un modèle inspirant pour des jeunes en construction invités à interroger pour eux-mêmes leur rapport aux normes et à leur individualité.
4- L’exploitation en classe : la visite de la Patrice a donné lieu à un temps d’échange en classe d’une heure trente. Les élèves avaient visiblement envie de réagir et de partager leurs réflexions par rapport à ce qu’ils avaient vécu, compris et ressenti. Or il s’avère que de ce point de vue deux groupes assez nets sont apparus : d’un côté ceux pour lesquels les propos tenus avaient paru excessifs et déséquilibrés, de l’autre ceux pour lesquels l’excès ne tenait pas aux mots et propos mais aux différentes formes de violence ou d’injustice des réalités sociales qu’ils dénoncent. Rarement un temps d’échange n’aura suscité tant de réflexions aussi personnelles ni une écoute de cette qualité.
D’un point de vue pédagogique j’ai été enthousiasmé par la richesse de ce moment qui a conduit à s’interroger sur :
Les différences entre les opinions / représentations et les faits
Le langage : l’usage des différentes formes de langage pour dire les choses et se faire entendre / comprendre
La violence : les différentes formes de violence ou d’injustice dont symboliques
L’engagement : à travers le travail entrepris, le discours tenu, les expériences partagées…
La liberté individuelle : à travers le jeu joué par l’actrice dans son rapport aux normes qu’elle contribue à rendre visible et à conscientiser en autorisant une critique … et une prise de distance contribuant à accroître le champ des possibles pensé et ressenti par des jeunes en construction.
Écrit et interprété par Mélanie Rebouillat
Une création 2023 de la Cie Hémisphère Droit avec le soutien de la Ville de Lons-le-Saunier
2023 : 3 représentations dans le cadre des Journées du Matrimoine
2023-2024 : 9 représentations pour des classes du Lycée Jean Michel – Pass Culture
2025 : représentations pour la Secteur Jeunes et les apprenants en Français Langue Étrangère de la Maison Commune dans le cadre du projet Au dedans du dehors ...
2026-2027 : Toujours disponible aux enseignants




