Au dedans du dehors


Une grande conversation homme/femme dans l'espace public et sur scène
Quartier Marjorie Mouillères
et Maison Commune de Lons-le-Saunier
De juin à octobre 2025, nous avons rencontré plus de 150 personnes sur le quartier. Sur les terrasses des boulangeries, au PMU, lors de fêtes de quartier, sur le parking du Ledo Market, au secteur jeunes, dans des ateliers de cuisine ou de Français Langue Étrangère à la Maison Commune...
150 discussions, échanges, débats, plus ou moins doux, plus ou moins houleux, autour de cartes postales anonymes, de témoignages d'adolescent.e.s et d'adultes du quartier...
+ de 150 personnes rencontrées, + de 50 cartes postales récoltées. Et au final, 8 adolescents et 8 adultes du quartier impliqués pour la restitution scénique de novembre 2025...



Équipe de création
Une idée originale de Mélanie Rebouillat
Mise en œuvre par Mélanie Rebouillat et Salim Maghnaoui
Avec en scène des habitant.e.s du quartier Marjorie-Mouillères : Alain, Ayoub, Comfort, Hamza, Hussein, Illyès, Lucie, Martine, Massiré, Pold, Rahary-Estera, Rayan, Sylvie, Taïssia et Virginie
Ce projet est une production de la Cie Hémisphère Droit en partenariat avec la Maison Commune
Et avec le soutien de la Direction régionale des affaires culturelles de Bourgogne-Franche-Comté, du Fonds d'Aide au Projet de la Région Bourgogne-Franche-Comté. de la Préfecture du Jura - Politique de la Ville et de la Communauté de communes ECLA
Avoir une histoire avec un garçon... ? Oui... mais il faut pas se faire choper par la daronne. Sinon c'est un aller sans retour au bled ou confinement à la maison.
Mon père moi il me fait confiance. Je sors comme je veux.
Les grands frères, ils font les papas, ils prennent trop la confiance. Ils nous protègent... C'est cool... mais on n'a pas besoin. Ils font semblant devant leurs potes, pour avoir l'air d'avoir de l'autorité. Mais de toutes façons on les écoute pas.
Un mec tu le prends à part, il va être tout doux. Les mecs on les voit jamais pleurer....
Des fois y a des mecs tu les as jamais vus, ils arrivent le soir « Pourquoi t'es là toi ? T'as pas le droit de sortir à cette heure là... » Mais t'es qui ? Mort de rire.... J't'aime pas frère !
Des fois on inverse les rôles. On va voir un gars qui traîne dehors tard le soir...
« Ouai vas y tu fais quoi dehors à cette heure là gros? j'vais l'dire à ta sœur, elle va pas aimer » ça lui fait tout bizarre. Nous ça nous fait bien rigoler.
Au collège les gars me font trop rire, ils sont débiles, j'adore. Ils sont drôles, moi je les aime tous.
Les garçons de cité ? Ils sont speed, rugueux, pas clean. Les garçons de bourgeois ? Calmes, doux, clean... Moi je le préfère tous. Je suis une touche à tout.
Un groupe de filles de 16 ans




C'est votre femme, c'est votre bien, ça vous appartient. Un trésor qu'il faut garder pour soi. Pour moi une femme c'est plus important qu'un homme, ça doit être préservé.
L'amitié Homme/femme ça n'existe pas...
Moi ? Oui j'ai des amis filles oui. Mais pour moi je veux une fille sérieuse.
Si t'es une femme, écarte toi, fais toi petite. Si tu sais que tu vas te faire alpaguer change de route.
Nous les mecs on n'est pas des dalleux. Mais c'est vrai qu'on est plus des dalleux que les meufs.
4 hommes de 19 ans
MÉLANIE – LES DALLEUX
Des dalleux … des hommes qui ont la dalle, qui ont faim... Mais faim de quoi ? de contrôle des femmes vraiment ? Ou de respectabilité ? De reconnaissance ? De confiance en eux ? en l'avenir ? De réussite ? D'aventure ? De libertés ? De tendresse ? De sexe ? D'amour ? De quoi ces jeunes hommes ont-ils faim ? De quoi ces jeunes hommes ont-ils besoin ?
Comme la plupart des hommes de ce pays, les jeunes hommes d'ici ont peur de l'échec et de la faiblesse, et surtout ils ne peuvent pas dire qu'ils ont peur. Ils n'ont pas appris le langage de leurs émotions, l'acceptation de leur fragilité…
Rien de ce qui s'éprouve vraiment ne se partage ouvertement, tout s'apprend en dehors des clous, entre potes, dans la clandestinité, au milieu des injonctions contradictoires.
Beaucoup de jeunes femmes partent pour étudier dans d'autres villes, et beaucoup de jeunes hommes restent ici, travaillent ici, ils gagnent leur vie ici tout en continuant à vivre chez leurs parents, longtemps, jusqu'à qu'ils se marient, s'ils le peuvent. Ils n'ont pas le loisir d'apprendre l'autonomie, les responsabilités pour eux mêmes, de s'essayer à la vie affective et sexuelle en toute liberté, en toute sécurité.
Ils sont pris en étaux entre le feu brûlant de leur désir et le contrôle familial et social...
En off, j'apprends que beaucoup de ces jeunes hommes passent par la case prostituées... ici, sur le quartier, en groupe, avec des potes, ou plus loin, dans d'autres villes.
Les mecs tâtonnent. Il y a la femme qu'ils doivent trouver et marier et il y a les putes qu'ils peuvent toucher. L'entre deux est zone grise...
Ils font comme ils peuvent... ils font comme ils peuvent pour garder leurs masques ...


J'aimerais bien être une femme, même si je ne sais pas comment elles réfléchissent. Je sais pas ce qu'il y a dans leurs têtes. Je leur parle pas aux filles, elles se moquent trop.
Y'en a même qui disent qu'on est trop moches. Elles cherchent trop les problèmes. Et on peut pas les frapper. Si y a un problème avec un gars on peut le frapper, une meuf non. Franchement elles jugent trop pour rien.
Un garçon de 13 ans


